Le développement d'un bébé est un processus fascinant, marqué par des étapes cruciales qui posent les bases de son bien-être physique, émotionnel et intellectuel. Parmi elles, les réflexes archaïques occupent une place essentielle. Présents dès la naissance — comme le réflexe de succion ou le réflexe de Moro — ils sont de précieux indicateurs de la santé neurologique de l'enfant et le point de départ de compétences motrices et cognitives plus avancées.
Voici 6 règles d'or pour offrir à votre bébé les meilleures conditions pour grandir et s'épanouir sereinement.
Règle n°1 : laisser Léonie mettre les mains dans le plat !
… et courage pour le ménage !
Toucher ses aliments prépare la bouche de bébé aux textures qu'elle va recevoir. La framboise, par exemple, paraît « sèche » visuellement : l'enfant n'est pas préparé au jus qu'elle libère en bouche, et cette surprise peut créer une aversion. En le laissant « jouer » avec — l'écraser, par exemple — l'œil signale au cerveau à quoi s'attendre. Résultat : moins de rejets alimentaires.
Réflexes en jeu : agrippement palmaire, paume-bouche de Babkin…
Règle n°2 : laisser Gaspard mettre les objets à la bouche
Évitez tout de même les piles et les couteaux…
Quand bébé porte un objet à la bouche, il entraîne plusieurs réflexes capitaux. Il développe :
- sa latéralité (conscience d'un côté droit et d'un côté gauche), utile plus tard pour la réflexion et les apprentissages scolaires ;
- un agrippement palmaire mature : une main efficace, ni trop ni trop peu de force — pour tenir un crayon, par exemple ;
- la coordination main-bouche, nécessaire pour manger en autonomie ;
- la coordination main-œil, pour la motricité fine.
La mise à la bouche est une grande phase d'apprentissage !
Réflexes en jeu : fouissement, succion, agrippement palmaire…
Règle n°3 : respecter les étapes du développement moteur de Victor
Vous êtes vraiment pressés qu'il marche ? (Spoiler : après, il ne s'arrêtera plus…)
Il est tentant de placer bébé dans une position qu'il ne sait pas encore adopter seul, mais c'est souvent contre-productif. Prenons la position assise : Victor est en âge de s'asseoir mais ne le fait pas. En dehors de toute piste médicale (limitation articulaire, douleur…), cela peut venir d'un manque de tonus du dos ou d'une difficulté à trouver sa motricité.
Dans les deux cas, vous pouvez l'aider : en l'incitant à tonifier son dos par des positions adaptées ;
ou en repérant l'étape qui « bloque » pour l'accompagner. L'ordre naturel du développement moteur autonome est le suivant :
- se retourner ;
- se déplacer sur le ventre en rampant ;
- passer à quatre pattes ;
- puis, de là, accéder à la position assise.
(Séquence décrite par E. Pikler et A. Tardos, « Grandir autonome », érès, 2017.)
On ne fait donc pas asseoir un bébé qui ne sait pas encore se déplacer : vous risqueriez de le « coincer » dans une position dont il ne sait pas se défaire.
Réflexes en jeu : retournement segmentaire, réflexe tonique symétrique du cou…
Règle n°4 : on ne laisse pas Louison pleurer dans son lit !
Vous allez peut-être vous découvrir une vocation pour le chant (de berceuse ?)
Dans le ventre de sa maman, bébé est nourri en continu, en sécurité thermique et en sécurité physique et émotionnelle. Dès la naissance, il doit rétablir tout cela, et très vite. On lui apporte facilement la sécurité alimentaire et thermique, mais la sécurité émotionnelle est une autre histoire.
Bébé dépend des adultes pour sa survie : il peut pleurer « juste » pour être rassuré — et ce n'est pas un « juste » anodin. En lui montrant que vous êtes là, il se sécurise et développe une meilleure résistance au stress plus tard. Selon sa vie in utero et sa naissance, certains bébés ont besoin d'être rassurés plus souvent. On ne quitte donc pas son poste : on rassure !
Réflexes en jeu : embrassade de Moro, réflexe de paralysie par la peur.
Règle n°5 : ne pas mettre Simon debout avant l'heure
Attendez encore un peu avant de l'inscrire au club d'athlétisme !
Simon est content de se tenir debout sur vos jambes alors qu'il semble bien trop jeune ? Il n'est pas précoce : vous exploitez simplement un réflexe archaïque, le réflexe de redressement statique. La voûte plantaire, au contact d'une surface dure, provoque une extension des jambes et un redressement du tronc. Rien de méchant… si on ne le fait pas tout le temps. Comme pour la règle 3, stimuler la motricité au mauvais moment peut créer des « courts-circuits » dans le développement. À pratiquer avec parcimonie !
Réflexe en jeu : redressement statique.
Règle n°6 : on laisse Inès se faire « un peu mal à la tête »
… mais on garde le casque pour le vélo, plus tard !
Bébé va tomber et parfois se cogner la tête — mais ne sortez pas les casques pour autant (sauf cas particulier). Ces chutes permettent de bien « brancher » un réflexe important : le réflexe de soutien des mains (ou réflexe de parachute), qui permet de sortir les mains pour éviter le choc à la tête. Si les chutes ne mettent jamais la tête en danger, ce réflexe ne s'entraîne pas ; le jour d'une vraie cabriole, le choc peut être plus violent.
Ce réflexe est aussi intéressant pour le développement social : trop « timide », on se laisse faire ; trop vif, on devient envahissant.
Réflexe en jeu : réflexe de parachute.
Ces règles ne sont pas des solutions magiques, mais des repères pour créer un environnement stimulant et sécurisant.
Chaque enfant est unique et évolue à son rythme ; votre rôle est de l'accompagner avec bienveillance, patience et amour. En cas de doute sur le développement de votre enfant, parlez-en à votre médecin ou à votre pédiatre.
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